Face aux cyberviolences, des professionnels en quête d’outils
26/05/2026
"Il n’y a pas une rentrée où je ne suis pas confrontée aux cyberviolences. Les établissements scolaires sont en difficulté face à cette thématique : nous disposons de peu d’outils et manquons d’accès à l’information", rapporte une Conseillère Principale d’Éducation d’un collège du Douaisis.
Il sont dix professionnels de l'éducation et du social à s'être installés autour des tables de Campus Prévention. Il s'agit de la première session dispensée dans le nouveau centre de formation du SCJE.
Tous se regardent, attendant patiemment que la parole se libère, que les questions trouvent leurs réponses.
"J'ai beaucoup d'attentes quant à cette formation", confie l'une des participante, infirmière en collège. Il faut dire que les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie des jeunes. L’instantanéité, la rapidité et la large portée du numérique rendent les cyberviolences particulièrement complexes à appréhender.
La première question tombe : les réseaux sociaux nous rendent-ils plus violents ?
Les participants échangent des regards incertains. Puis l’un d’entre eux se lance. Le débat s’installe, riche et nuancé. Certains évoquent un sentiment d’impuissance face à un monde virtuel qu’ils maîtrisent mal : "les réseaux sociaux exacerbent les conflits. Les enfants ont un sentiment d’impunité décuplé derrière un écran." D’autres tempèrent : "nous n’avons pas besoin des réseaux sociaux pour être confrontés à la violence. J’ai grandi avec les débuts d’internet : les usages étaient différents. Ces problèmes n'existaient pas." Certains, enfin, perçoivent dans ces outils des opportunités, notamment pour développer des compétences numériques utiles dans un cadre éducatif.
Si les opinions divergent, un constat rassemble : celui d’un certain désarroi face à des jeunes qui évoluent dans un univers parfois difficile à décoder, où les conflits naissent en ligne avant de se prolonger dans la cour de récréation. À cela s’ajoute la question du rôle des parents. "Ils ont une grande responsabilité dans les dérives observées. Lorsqu’ils passent eux-mêmes un temps considérable sur leur téléphone, ils ne donnent pas le bon exemple", souligne un animateur d’insertion et de lutte contre les exclusions.
Le module juridique, animé par Chloé Delval, vient apporter des repères concrets et dissiper ce que plusieurs participants décrivaient comme un flou juridique. "En réalité les cyberviolences sont très encadrées par la loi. Ce n'est pas parce que cela se passe en ligne qu'il s'agit d'une zone de non-droit", Chloé Delval. Donner les bonnes ressources, les noms de partenaires vers qui se diriger en cas de problèmes, montrer également que l'Europe progresse en matière de législation concernant la responsabilité des plateformes sur leur utilisateurs et notamment sur leur santé mentale... La matinée se termine et une idée s’impose peu à peu : les cyberviolences ne sont pas une fatalité, et la prévention reste essentielle, auprès des jeunes comme des parents.
L’après-midi est consacré au module psychologique animé par Fabienne Gervais. "Avez-vous déjà été confrontés à des auteurs de cyberviolences qui prennent conscience de leurs actes ?" demande-t-elle. Un participant répond : "Oui. Un jeune que je suivais est revenu d’un voyage transformé. Il a eu un déclic. J’aime à dire que nous semons des graines, et qu’un jour, sans que l’on sache pourquoi, elles germent". Fabienne acquiesce : "La prise de conscience prend du temps."
Elle invite également à réfléchir aux leviers d’action possibles pour les victimes : comprendre les mécanismes en jeu, renforcer sa protection, et transformer, autant que possible, une expérience difficile en apprentissage.
Puis la discussion s’élargit aux effets du téléphone sur le développement des adolescents. "Grandir, c’est progressivement gagner en autonomie : marcher seul, aller à l’école seul, puis construire son indépendance à l’adolescence. Mais le téléphone complique parfois cette prise de distance. Le virtuel, lui, ne s’arrête jamais." Pourquoi, alors, une telle dépendance ? "Ce n’est pas seulement une question de dopamine ou de récompense. L’usage compulsif du téléphone masque souvent du stress ou des fragilités : difficultés scolaires, relationnelles… Le téléphone devient une échappatoire immédiate."
Il est 16h30, tandis que Fabienne conclut sur la posture professionnelle et les ressources mobilisables, les visages semblent plus détendus qu’à leur arrivée. "Cette formation était excellente, les modules très complémentaires", "une formation claire et concrète, qui nous apporte de vrais outils", témoignent les participants.
Peu à peu, la salle se vide. Les remerciements se multiplient. Si les cyberviolences restent un phénomène complexe, en constante évolution, ces dix professionnels repartent aujourd’hui mieux informés, et surtout mieux armés pour y faire face.

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